La
faïencerie du Bois d'Epense, sise sur la paroisse de la Grange-aux-Bois,
non loin de Sainte-Menehould, compris dans l'actuel département
de la Marne, est plus Connue à tort d'ailleurs - sous le nom des
Islettes. Elle faisait partie de ce groupe de faïenceries de l'Argonne
installées également au XVIII siècle sur le territoire
des paroisses voisines : Brizeaux, Rarécourt, Froidos,
Lavoye, Autrecourt. Bien qu'il ne soit pas dans notre propos
immédiat de retracer ici l'histoire de ces diverses fabriques,
il nous faut, pour replacer la manufacture de Chigny parmi celles
de l'époque, donner ici un aperçu de la famille Vautrin
dont les membres furent à la tête de diverses faïenceries de l'Est
de la France. Ces éléments de généalogie en
effet expliqueront mieux que de longues descriptions les analogies frappantes
existant entre les productions des diverses faïenceries de l'Argonne,
celles d'Epinal et aussi naturellement de Chigny.
Lorsque
Nicolas Vautrin se fit céder par les créanciers de
Jean-Baptiste Roussel la manufacture de Chigny, il venait
depuis quelques jours de liquider la succession de sa femme Françoise
Bassuel, morte quelques mois plus tôt, le laissant veuf avec trois
enfants mineurs. L'inventaire après décès nous apprend
que Nicolas Vautrin était depuis quatre à cinq ans locataire
de la faïencerie du Bois d'Epense pour laquelle il devait même
quatre années de loyer. Bien que né à Void (Meuse),
le 14 août 1747, de Pierre Vautrin et de Catherine Fanet,
il était venu jeune après le décès de ses
parents, et en tous cas au moins dès 1767, apprendre le métier
de faïencier auprès de son frère utérin François-Louis-Noél,
maître faïencier à Lavoye. Précisons de plus que son cadet
Claude Vautrin suivit le même chemin, puisque nous le retrouvons
quelques années plus tard à Rarecourt, propriétaire
de la fabrique de Salvange. La persistance du travail de la céramique
dans cette famille sera encore illustrée lorsque l'on saura que
son frère aîné, Pierre - François Vautrin, né
à Voïd, le 18 juillet 1745, fut le fondateur de la Petite faïencerie
d'Epinal et que sa sœur Catherine devint l'épouse d'un autre
faïencier de Lavoye, Claude Boivin.
Les
membres de la famille Vautrin, malgré les distances séparant
la Champagne de la Lorraine, continuèrent à se rencontrer,
parrainant neveux et nièces, assistant aux mariages des uns et
des autres. L'étude que M. Jean-Marie Janot a consacré
aux faïenceries d'Epinal permet de suivre la génération
suivante adonnée, elle aussi, à la production de la céramique
et dont deux membres : Louis-Goery et François-Nicolas furent
respectivement maitres de la faiencerie de la Trouche près
Raon-l'Etape et de la Grande Faïencerie d'Epinal.
Pour
en revenir à Nicolas Vautrin, à peine fut-il arrivé à Chigny
qu'il se remaria avec une jeune fille d'une paroisse voisine, Marie-Jeanne
Minelle, dont le père admodiateur de la terre de Chaumuzy
semble avoir joui d'une certaine fortune. Après ce mariage célébré
le 24 avril 1780, en présence de son frère Claude Vautrin,
le propriétaire de la Manufacture de faïence de Salvange,
Nicolas se mît à l'ouvrage dans sa maison de Chigny. Nous
retrouvons alors, grâce aux registres paroissiaux quelques-uns de
ses collaborateurs, c'est-à-dire, outre Jean-Pierre Allard, héritier
de la fabrique Roussel, Joseph Vignot, alias Vignault,
peintre en faïence, originaire de Scey-sur-Saône, ayant travaillé
à Nevers où il avait épousé en premières
noces Catherine Deschamps, d'une famille de faïenciers nivernais
et François Renault, tourneur en faïence. On peut penser que ce
fut là tout le personnel de la Manufacture de Chigny, car divers
inventaires nous font connaître la faible importance des bâtiments.
La
maison dont Nicolas Vautrin avait fait l'acquisition et qui avait
été transformée en faïencerie par son prédécesseur
se trouvait - et se trouve encore - à l'angle de la rue des Chaufours
et de la rue Sainte-Agathe, la fontaine publique étant appuyée
contre un de ses murs. Les bâtiments à un étage donnant sur
une cour intérieure comportaient une cuisine, trois chambres, deux
autres affectées à la fabrication, une garnie de plusieurs instruments
et ralons servant à la manufacture et une autre contenant quantité
de marchandise de plusieurs espèces et nature et tous les instruments
servant à la manufacture. Donnant sur la cour, une écurie recelait
divers instruments du métier de faïencier ainsi que des tinettes
contenant de la terre et autres produits. Naturellement le four construit
par J.-B. Roussel restait l'indispensable instrument de travail
de Nicolas Vautrin.
Pendant les années 1779 à 1781, nous sommes certain que Nicolas
Vautrin travailla lui-même à Chigny puisque, le 7 juillet
1781, il signe un accord avec un certain Claude Millet, marchand
de bois de Ludes, pour consolider ce qu'il lui devait, soit 691
livres représentant les fournitures de bois effectuées jusqu'à
ce jour. Il s'engage alors à le régler en plusieurs termes échelonnés
sur un an. Il préparait sûrement son départ, les affaires
ne correspondant probablement pas à ses espoirs. Aussi s'éloignait-il
de Chigny ayant loué maison et matériel à Jean-Nicolas
Remi, faïencier dont nous ignorons tout. Ce qui est certain, c'est
que nous retrouvons Nicolas Vautrin en 1782 en qualité d'ouvrier
en faïence à Rarécourt, c'est-à-dire fort probablement employé
chez son frère à la fabrique de Salvange. D'autre part,
entre le 31 janvier 1781 et le 4 mai 1785, aucune naissance à son foyer
n'eut lieu à Chigny; de plus un acte d'apposition de scellés
sur la maison de Chigny (11 octobre 1784) effectuée à la
requête d'un marchand de bois de Reims, Jean-Alexis Frenet,
nous apprend que Jean-Nicolas Remi avait fait de mauvaises affaires.
Il était en faillite et avait fui ses créanciers. Nicolas
Vautrin rentre donc en possession de la maison, de ses meubles et
ustensiles servant à ladite manufacture, ayant dû désintéresser
Frenet. Il n'avait, par contre, pas réglé sa dette
vis-à-vis du marchand de bois, Claude Millet, puisque profitant
du fait que sa femme Marie-Jeanne Minelle était devenue
majeure, il passe avec cet autre créancier, le 8 août 1785, un
nouvel accord, lui permettant de ne pas le rembourser en échange
de l'établissement d'une rente annuelle et perpétuelle de
34 livres 11 s. Seuls quelques actes tirés des registres paroissiaux,
puis d'état civil, nous permettent d'affirmer qu'il continua à
exploiter sa faïencerie entre 1785 et l'an VII.
En
effet, à son foyer naissent successivement Catherine (4 mai 1785),
Pierre - François (10 octobre 1786), Jeanne - Françoise
(3 mars 1788), Nicolas - François (30 janvier 1790), Marie -
Madeleine (18 juin 1791), Marie - Louise (3 août 1792), Philippe
- François (9 novembre 1793), Marie-Louise (29 novembre an
VII).Ces actes nous permettent de constater que la famille Vautrin
reste unie et que les relations continuent entre les diverses branches
de la famille résidant soit dans l'Argonne, soit à Epinal.
A la fin de 1789. le rôle de la contribution patriotique classe Nicolas
Vautrin parmi les citoyens ayant un revenu inférieur à 400
livres, avec une cote de 3 livres, ce qui le fait apparaître parmi la
moyenne des autres habitants. En 1792, sa patente s'élève
à 3 livres 15 et en l'an VIII à 9,50 F. A titre de comparaison, nous indiquerons
que le moins imposé au rôle des patentes s'y trouvait pour 3 francs,
l'aubergiste et le boucher chacun pour 16 francs. Les affaires devaient
être assez prospères. Nous retirons cette conclusion du fait
que nous ne retrouvons pas trace de la rente perpétuelle qu'il
avait constituée, ainsi que de l'achat à deux reprises, en l'an
IV et en l'an V, de terres a Ludes pour des sommes de 158 à 150
livres. Ajoutons que sa femme ayant hérité de son père,
l'admodiateur de la terre de Chaumuzy, il réalise, en 1807,
certains bien-fonds sis à Sarcy.
Quelques
années plus tard, le 14 mai 1809 exactement, il se porte acquéreur,
avec son fils Louis Francois, devenu faïencier et travaillant avec
lui au moins depuis l'an VII, d'une maison et thuilerie, sise au Cran
de Ludes, sur la commune de Ludes. Quelles raisons avaient
poussé père et fils à cet achat et aussi à l'abandon de
la manufacture de Chigny qui, bien que restant dans le patrimoine
de la famille jusqu'en 1836, ne servit plus après 1809 a la fabrication
des faïences ? Nous sommes réduit aux hypothèses :
difficultés
de trouver des argiles convenables à Chigny, nécessité d'accroître
ou de modifier les
fabrications ?
Rien ne permet
de conclure mais, avant de suivre Nicolas Vautrin dans sa nouvelle
résidence, il nous faut présenter les objets de la Manufacture
de Chigny que nous avons pu retrouver.
Deux
pièces dont l'attribution ne souffre d'aucune contestation, conservées
actuellement au Musée Saint-Denis de Reims.
Cliquez
pour agrandir |
Nous
avons recherché en vain l'existence à Chigny de l'auteur
de ces deux belles pièces, mais nous avons été plus
heureux à Rarécourt, paroisse de la Meuse où se trouvait
la faïencerie de Salvange, propriété de Claude
Vautrin, frère de Nicolas et où ce dernier avait
travaillé comme nous l'avons vu. Joseph Masson, dit en 1777
'le jeune', était le fils de Claude Masson et de
Lucie Boivin, de la paroisse voisine de Lavoye. Nous le rencontrons
dans divers actes de 1776 à 1778 puis perdons sa trace, pour le retrouver
à Chigny en 1792. Comme beaucoup d'ouvriers en céramique,
il allait de fabrique en fabrique, au gré des possibilités
de travail ou d'embauche.
La
deuxième catégorie de pièces que nous attribuons
à Chigny appartient à Monsieur et Madame Jean Paulet, propriétaire
du domaine de Mont ferré, commune de Trois-Puits,
voisine de Ludes et de Chigny-les-Roses. Lorsque nous procédions
à notre enquête sur cette céramique et que rien n'avait encore
été publié sur la question, nous avons eu l'assurance
de leur part que les objets que nous allons décrire, avaient été
fabriqués à Chigny et qu'ils se trouvaient dans leur famille
par héritage advenu de leur grand-père Eugène
Poisson, maire de Chigny de 1852 à 1868, et de leur parent
le capitaine Nicolas Jobert (1763-1858), natif de Chigny
ou il se retira après s'être illustré dans les guerres
de la République et de l'Empire.
Certes,
les motifs relevés sur les objets décrits ci-dessous ont
de grandes analogies avec ceux utilisés pour les faïenceries du
Bois d'Epense, de Salvange ou d'Epinal : roses, oeillets,
marguerites, jacinthes. Ce n'est pas pour nous étonner puisque
nous savons maintenant que tous les Vautrin ainsi que Noél,
leur frère utérin, travaillèrent ensemble et continuèrent
leurs relations familiales pendant un demi-siècle. On notera cependant
que le décor floral relevé sur les pièces attribuées
a la faïencerie de Chigny offre dans sa présentation des
variantes et nous pensons qu'une étude plus poussée des
céramiques du Bois d'Epense, Salvange et autres lieux permettra
de fixer plus exactement la part qui revient à chacune de ces usines.
Cliquez
pour agrandir |
Le
14 mai 1809, Nicolas-François Vautrin fabriquant en fayence et
son fils Louis-François, aussi faïencier, s'étaient donc
portés acquéreur des héritiers Barroy, moyennant
2 000 livres, d'une maison et d'une tuilerie sise sur la commune de Ludes,
au lieu-dit le Cran de Ludes. Cette petite usine n'était
pas très ancienne ayant été construite par Etienne
Baroy et sa femme Jeanne Chéart, en 1778, sur une partie
des terres usagères - contenant des argiles - que la communauté
de Ludes leur avait cédé, contre un cens annuel et
perpétuel de 13 F 18. Outre la maison composée de quelques
pièces, une grange et une écurie, une halle, un four et
un parc à tuiles composaient les bâtiments, auprès desquels
se trouvait une mare ou réservoir d'eau entouré de saules
et de peupliers. L'ensemble prenait accès sur le grand chemin de
Louvois à Reims et était jouxté par les bois et les
communaux de Ludes.
Il
est à penser que les Vautrin continuèrent la fabrication
des faïences dans leur nouvelle acquisition puisque, dans les divers actes
notariés, l'un et l'autre portent la qualification de faïenciers.
Malheureusement les dernières années de la fin de l'Empire
ne leur semblent pas avoir été propices. Nous voyons en
effet, le 12 mars 1812, Nicolas Vautrin hypothéquer sa maison
de Chigny auprès d'un sieur Charles Boudon, propriétaire
à Germaine, pour consolider une dette de 1 200 francs représentant
des prêts effectués en plusieurs fois pour ses besoins et
affaires. Le remboursement en était prévu en quatre années
et en termes égaux; pourtant, un an plus tard, c'est 1028 francs
que le même prêteur avance à Nicolas Vautrîn, puis
900 francs le 29 janvier 1815. Trois mois après, il donnait à bail
pour douze années à son fils Louis-François, la maison et
ses dépendances sise au Cran de Ludes, servant à une manufacture
de fayence consistant notamment en une maison et en un atelier pour la
confection des fayences, four, chambres basses, écurie et grenier
sur le tout. Il ne se réservait qu'une chambre et son fils s'engageait
seulement à régler chaque année la somme de 150 francs entre
les mains de Charles Boudon, propriétaire de Germaine
qui, comme nous l'avons vu, lui avait prêté à plusieurs
reprises des sommes importantes.
Nicolas devait pressentir sa fin prochaine puisqu'il décédait
le 16 juin 1815. Ce décès entraîna la pose de scellés
sur la fabrique et un inventaire du fait de l'absence de deux héritiers.
Ce document explique l'état misérable de Nicolas Vautrin,
les soldats des armées alliées par leur pillage de l'année
dernière ne lui ayant laissé qu'un très mauvais mobilier
et en petit nombre. Sur ces entrefaites, un autre de ses fils, Pierre-François,
époux de Marie-Martine Péchon était venu à
mourir, laissant un enfant mineur. De 1818 à 1820, toute une procédure
s'engagea donc pour arriver à la liquidation de ces deux successions.
Des
divers actes nous apprenons que l'atelier destiné à la fabrication
de la fayence contenait un moulin à broyer les couleurs, deux tours pour
la fabrication des dites fayences et poteries, cent cinquante planches
placées en forme de rayon pour sécher les marchandises.
D'autre part, les objets en faïence existant encore étaient des
assiettes, des plats, des écuelles, des soupières, des huiliers
et des salières, ce qui nous donne une idée des fabrications
des Vautrin.
L'usine
avait peut-être continué à produire puisque, le 14 septembre
1818, Louis-François donnait à bail pour six mois, bâtiments
et matériel à un sieur Jean-Baptiste Godret, fabriquant
demeurant à Reims, rue Neuve N° 12 et ce pour 100 francs.
La
licitation des biens immeubles eut lieu enfin devant le Tribunal de première
instance de Reims, le 24 mai 1820. Le cahier des charges n'a d'intérêt
pour nous que dans le passage où est donné une description
de l'usine de faïencerie du Cran de Ludes :
Un
corps de bâtiments contenant vingt huit pieds de long sur vingt
de large prenant son entrée du coté du Nord par une porte
de trois pieds de largeur; en entrant à gauche est une cuisine dix sept
pieds de large sur treize de long avec deux croisées; dans cette
cuisine est un four pour le pain; à droite de la cuisine est une chambre
de dix pieds de long sur sept de large prenant jour du côté du
midi; à gauche est une chambre de onze pieds sur douze, prenant son entrée
par un petit corridor et tirant son jour du côté du midi; ensuite
une autre place de dix pieds sur six ayant son entrée par le même
corridor, et tirant son jour du côté du Nord; dans ledit corridor
et à gauche est un escalier conduisant à deux places au-dessus des précédentes,
ensuite sont deux autres places hautes à gauche, de chacune treize pieds
de long sur dix sept de large, tirant leurs jours par des fenêtres
flamandes. Au-dessus du tout est un seul grenier plancher.
A droite
du corps de logis est une place servant à la fayancerie contenant trente
six pieds de long sur dix sept de large, une place au bout, de dix sept
pieds de large sur huit pieds de long; une grange de trente et un pieds
de long, sur vingt et un de large. Au fond dudit bâtiment prenant
son entrée par une porte cochère, une place de vingt pieds
de long, sur dix sept de large contenant le four à fayence.
Au-dessous
de cette place, il y en a une autre de vingt huit pieds de long sur treize
de large, où est construit un four à calciner et une pièce
ou se trouve un moulin à broyer les couleurs.
Outre les
bâtiments ci-dessus désignés composant la fayancerie,
il y a un jardin garni d'arbres fruitiers et autres ; un petit réservoir
entouré de peupliers et saules, une grande cour non fermée
et faisant partie du terrain qu'il contient avec les bâtiments et
une écurie pouvant contenir vingt chevaux.
Vingt deux
ares ou soixante quatre verges trois quart ancienne, mesure d'après
un arpentage fait le six avril dix sept cent soixante dix huit par Benoit,
contrôlé à Epernay le treize, aux droits de quatorze francs trois
centimes par d'Herbès.
Il
dépend comme ustensiles de cette maison :
1) Deux tours
avec leurs établis.
2) Un autre établi de cinq pieds de long sur quatorze de large,
servant à travailler la terre.
3) Vingt six pieds de rayons en bois blanc servant à faire sécher
la marchandise.
4) Cent cinquante volliges de tremble de cinq à six de largeur sur
six pieds de longueur.
5) Et un moulin à broyer les couleurs composé de deux tournures
de vingt deux pieds de long, sur vingt de large.
Les
bâtiments sus désignés sont situés audit hameau
du Cran de Ludes, tiennent d'une part sur la route de Louvois
où est la principale entrée, par derrière vers
Couchant à la plaine de Ludes, du coté de la Montagne, aux
Bois, et du côté de Reims à Jean-Baptiste Quenardelle
et à Charles Beuzard.
L'adjudication
fut faite à Pierre-Joseph Fonsin, entrepreneur de bâtiments,
demeurant à Reims, moyennant la somme de 1925 francs. L'acquéreur,
comme le fait se passe fréquemment, revendit immédiatement
immeubles et terrains, les morcelant entre Joseph Remy, jardinier
de Mailly, un voisin Jean-Baptiste Quenardelle, tuilier,
et Bertrand Renaud, également tuilier.
Grâce
aux confronts, nous avons pu fixer exactement l'emplacement de la faïencerie
du Cran de Ludes. Située en bordure de l'ancienne route
de Louvois à Reims, elle fut à l'instauration du cadastre
désignée sous les numéros C 33, 34, 35 et 36. De
nos jours, après maintes mutations, ces bâtiments et emplacements
désignés au cadastre rénové (1962) sous les
cotes AV 29, 33 et 34, sont la propriété de MM.Bernard
de Varennes, Lucien Quenardelle et Ernest Maillet,
mais ne sont plus en bordure de la route départementale n°9 de
Louvois à Reims, des travaux ayant remplacé l'ancien
chemin d'une pente trop raide, par une route à vastes lacets.
De
la descendance masculine de Nicolas-François Vautrin ne subsistait,
en 1836, au décès de Marie - Jeanne Minelle, son
épouse, que Jean-François, l'aîné, faïencier à Paris,
et Louis-François qui, ayant quitté Ludes après
la vente de l'usine, exerçait ailleurs son métier et se trouvait
alors tourneur en faïence à Lunéville. Les deux autres fils,
qui d'ailleurs avaient embrassé une profession différente,
celle de tisseur, étaient morts prématurément. Seules
continuaient à fleurir les branches des Vautrin d'Epinal,
des Noél de Lavoye et des Vautrin de Salvange.
Nous espérons dans un avenir prochain consacrer une étude
à ces faïenceries de l'Argonne qui maintinrent jusqu'au milieu
du XIX" siècle les belles traditions de l'art céramique.
|